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18 expositions 18 villes 20 nov. 2021 27 mars 2022
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L'histoire des collections d'art islamique en France par Yannick Lintz


Quand on parle d'art islamique, on imagine au premier abord que ces oeuvres appartiennent à une autre histoire que la nôtre, celle de nos voisins orientaux et méditerranéens. Or, les objets d'art présentés dans cette exposition sont arrivés en France sous les premiers califats grâce notamment au commerce de luxe entre l'orient et l'occident et au développement des foyers artistiques.

Les traces archéologiques de la présence arabo-musulmane dans le Sud de la France

Les découvertes archéologiques du sud de la France mettent au jour les traces d’une occupation arabe musulmane durant le Moyen-Âge en Languedoc et en Provence. La découverte fortuite d’une colonnette à Marseille en 1901 en est sans doute une des premières manifestations. En Provence, quatre épaves du Xe siècle découvertes lors de fouilles sous-marines entre Marseille et Cannes ont révélé des jarres, des armes, des céramiques et divers objets du quotidien. L’architecture de la coque de ces bateaux est typique du monde islamique. Aux XIIe et XIIIe siècles, Marseille, Montpellier, Narbonne ou Agde créent des entrepôts à Tunis, Ceuta, Tanger, Oran, Alexandrie ou Tyr. Les vases à décor islamique datant des XIIIe et XIVe siècles découverts dans l’Hérault et exposés au musée de l’Éphèbe d’Agde illustrent aussi cette activité commerciale.

À Marseille, un four de technologie islamique datant du XIIe siècle a été découvert dans le quartier des potiers. Il permettait de produire in situ des céramiques de style islamique. Une tombe islamique a aussi été mise au jour ainsi que des inscriptions en arabe. Tous ces éléments concourent à créditer l’hypothèse de la présence d’une communauté musulmane dans la ville à cette époque. On peut faire le même constat à Montpellier, où des tombes à écriture coufique du XIIe siècle ont été exhumées. En 2016, trois sépultures enterrées selon le rite musulman, ont été découvertes lors de fouilles d’urgence à Nîmes. Elles ont été datées des VIIIe- IXe siècles. Cette connaissance, qui témoigne d’une implantation en grande partie liée à l’activité commerciale maritime que le développement des capitales islamiques méditerranéennes relance, reste encore parcellaire.

Objets d’art islamique et reliques chrétiennes

Ce rapprochement peut a priori surprendre et pourtant le développement du culte des reliques dans la Chrétienté européenne au Moyen-âge développe aussi la collection de reliquaires conservés comme des objets précieux dans les trésors d’églises qui sont parfois conçus dans le monde islamique ou utilisant des matériaux qui en provienne. Ce phénomène européen a produit un riche patrimoine souvent encore conservé dans les églises et donc non visible au public. En France, la loi de séparation des Églises et de l’Etat de 1905 entraîne une gestion de ces objets par l’administration du Ministère de la Culture et par les villes. Souvent classés « monuments historiques » à cause de leurs raretés artistiques, ces oeuvres en matière précieuse (ivoire, cristal de roche, métal incrusté, soie, …) ont aussi parfois rejoints nos musées régionaux ou le Musée du Louvre, comme le célèbre trésor de Saint-Denis.

Il faut préciser que cette fascination pour les matériaux de luxe venus d’Orient (d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie) remonte à une tradition ancienne préislamique. La statue-reliquaire de Sainte Foy de Conques montre ainsi l’incrustation de pierres gravées sassanides et un style proche pour la représentation du personnage d’un empereur romain tardif. On mesure ainsi la continuité d’un style hybride d’objets faits en partie en Orient et façonnés dans leur usage final en Europe.

Les cadeaux diplomatiques et butins de guerre

Les relations diplomatiques entre les pouvoirs occidentaux et orientaux ont existé depuis les premiers siècles de l’expansion musulmane en Méditerranée. De nombreux objets sont le témoignage des cadeaux faits à l’occasion de visites diplomatiques de souverains orientaux en France. Dans la culture islamique, l’art du cadeau joue un rôle capital dans la relation à l’autre. C’est une introduction symbolique au dialogue avec l’étranger notamment. Nos collections nationales (musée du Louvre, musée de Versailles, musée de l’Armée, etc…) possèdent ces souvenirs prestigieux. L’ambassade de vizir ottoman Saïd Pacha est ainsi bien documentée.

Les cadeaux qu’il offrit à Louis XV sont décrits dans plusieurs documents, notamment dans la liste des présents envoyés du Grand Seigneur à sa majesté (1742), ou encore dans le "Mercure de France", de Décembre 1743, qui relate l'Ambassade solennelle de la Porte ottomane à la Cour de France. Ces objets furent inventoriés dans les Joyaux de la Couronne et non dans les collections d’armes de la Couronne témoignant ainsi du caractère précieux accordé aux présents. Quand les cadeaux prenaient la forme d’animaux exotiques ou de chevaux, si important dans le monde oriental, ils étaient envoyés avec un équipement complet de selle et harnais en joaillerie.

D’autres objets prestigieux sont aussi le souvenir de butins de guerre, liés aux grands épisodes de confrontations comme les Croisades ou, plus récemment, l’expédition de Bonaparte en Egypte (1798). Lorsque nous ne conservons pas la documentation historique, il est parfois difficile de connaître la provenance de ces oeuvres de collections royales ou princières. C’est le cas du fameux Baptistère de Saint-Louis, dont l’arrivée dans les collections royales françaises, depuis l’Egypte mamelouke est toujours mystérieuse.

Les collectionneurs français aux XIXe et XXe siècles

Si nous avons aujourd’hui d’aussi importantes collections d’art islamique dans les collections publiques françaises, nous le devons surtout à cette passion née en Europe et notamment en France au milieu du XIXe siècle durant plus d’un siècle. Paris, après les grandes Expositions universelles de la nouvelle ère industrielle et coloniale, se retrouve au coeur du marché de cet art venu des grandes capitales méditerranéennes et du Moyen-Orient (Le Caire, Istanbul, Damas, Bagdad, Téhéran, …).

À l’image de l’art contemporain aujourd’hui, la haute bourgeoisie parisienne, enrichie par les succès de l’industrie, achète ces objets précieux, comme les Rotschild fascinés par l’art indien moghol aux décors de nacre et de pierres précieuses. Elle est bientôt suivie par de nombreuses familles en région. Plus largement, les voyageurs découvrent massivement l’Orient et le Maghreb. Ils en rapportent le goût pour cette culture, aménagent des Salons « à l’orientale » avec les objets et tapis réunis à l’image de Pierre Loti. Certains, comme le lyonnais Emile Guimet, partagent leur passion entre l’Orient et l’Extrême- Orient. Cet héritage multiple crée aujourd’hui un patrimoine islamique français profondément ancré dans notre histoire et présent dans plus de deux-cents collections publiques dans l’ensemble de nos régions.

 

Ce texte est issu du dossier de press.

Publié le Monday 13 December 2021

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