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18 expositions 18 villes 20 nov. 2021 27 mars 2022
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Présentation du projet : un entretien avec Yannick Lintz


Découvrez des extraits de l'interview de Yannick Lintz, commissaire générale des expositions Arts de l'Islam. Un passé pour un présent. L'entretien figure dans le dossier pédagogique. 

Le projet Arts de l’Islam. Un passé pour un présent sur le territoire français est considérable. Va-t-il ouvrir une meilleure connaissance de la culture islamique et de quelle manière ?

J’espère que cette opération sera une stimulation et un intérêt nouveau. C’est pour moi l’occasion d’un éveil des consciences et de la curiosité pour aller vers les cultures de nos voisins, qui ont sans cesse échangé avec les nôtres depuis le début, que ce soit en Méditerranée, en Afrique ou au Moyen- Orient.

L’idée de montrer dans 18 endroits en même temps quelques-uns de ces chefs-d’œuvre des Arts de l’Islam, c’est donner 18 occasions de découvertes, d’initiation pour les jeunes, les familles, ceux qui ne viennent jamais dans les expositions et les musées, d’objets qui, selon moi, deviennent des ambassadeurs culturels.

C’est probablement permettre aussi à beaucoup de voir la civilisation islamique avec un autre regard que celui du terrorisme et de la radicalité. Dans les expositions, il y aura des œuvres d’art qui sont le reflet des sociétés de ces territoires entre l’Europe et la Chine, de leur goût du beau, du luxe, du décor, des usages culturels divers dont ils témoignent. On peut citer par exemple de magnifiques tapis persans, qui font souvent plus de 5 ou 8 mètres de long et qui montrent de vrais jardins que l’on appelle les « jardins de paradis » dans lesquels les scènes figurées foisonnent et racontent les plaisirs de vivre dans ces lieux. Des femmes écoutent de la musique, parlent ensemble, boivent du thé, du vin, parfois avec les hommes que l’on voit aussi prendre du plaisir à chasser dans la nature foisonnante d’arbres, de fleurs et d’animaux. Ces images de la réalité et d’un art de vivre sont importantes à montrer car elles sont souvent éloignées de ce que l’on prêche aujourd’hui dans le monde islamique.

Comment partager la beauté, la richesse et la complexité d’une telle culture dans la France d’aujourd’hui ?

Ce n’est pas un art simple à appréhender. On ne se trouve pas toujours devant des images mais plutôt face à des formes purement décoratives. La meilleure manière d’aborder des œuvres d’art islamique est de raconter leurs histoires. Apprendre qu’une œuvre en cristal de roche qui se trouve dans une église française aujourd’hui, a été sculptée au Caire vers le XIe siècle et que les artisans musulmans sont allés chercher le matériau précieux à Madagascar, c’est une manière de pénétrer dans la fascination de ces objets voyageurs !

Les collections islamiques du Louvre comptent à peu près 20 000 objets, comment sont-ils arrivés en France ?

Il faut savoir qu’il y a de l’art islamique au Louvre depuis la création de ce musée en 1793. Parmi nos pièces les plus prestigieuses se trouvent des œuvres qui appartenaient aux collections royales, comme le fameux Trésor de Saint Denis. Ces objets d’Orient fascinaient les rois de France comme Louis XIV mais aussi plus loin dans le temps François Ier, qui entretenait des relations avec Soliman le Magnifique. La collection comporte également 3 000 objets qui proviennent d’un dépôt du musée national des Arts décoratifs, situé rue de Rivoli à Paris. Celle-ci s’est montée en même temps que la nôtre, c’est-à-dire au moment où Paris avait cette passion pour l’Orient qui a pris le nom d’ « orientalisme » au milieu du XIXe siècle avec l’essor des Expositions universelles qui a entraîné une intense circulation des objets et développé le marché de l’art islamique

Que peut représenter cet univers artistique pour les musulmans d'aujourd'hui ?

Cet art peut en effet venir d’un pays où ils sont nés ou bien d’où leur famille est originaire. Au-delà de leur religion, c’est aussi leur culture. Cet art renvoie donc à leurs racines et à une partie de leur héritage. Je vois la fierté des jeunes d’origine maghrébine à retrouver au département des Arts de l’Islam du Louvre des objets marocains , algériens ou tunisiens. Que ces œuvres représentent un magnifique plateau en métal doré pour le thé ou un objet de mosquée, ils sont fiers, parce qu’ils s’y reconnaissent d’une certaine manière. Leur fierté n’est pas la religion dans ce cas, mais le sentiment de posséder les codes culturels pour comprendre l’œuvre. La vraie découverte exotique pour ces jeunes, c’est plutôt de découvrir l’art iranien ou égyptien ou turc qui ne leur parlent pas. Il en est de même pour les nombreux iraniens de France ou d’ailleurs, qui appréhendent avec émotion de découvrir leur héritage culturel au sein de cet ensemble plus vaste. Ces témoins matériels d’une histoire qui leur est parfois proche ou lointaine, permet en tous les cas de retisser les liens de leur propre histoire. Je pense à ces jeunes africains musulmans vivant à Aubervilliers et originaires de Tombouctou, arrivant au département des Arts de l’Islam et ne découvrant aucun trésor islamique de leur pays. Ils ont pour autant été émus de retrouver des objets qui leur rappelaient leur culture, par la forme des objets de luxe, les décors en bois, les ornements de corans…

L’art contemporain sera présent dans les 18 lieux. Comment se sont effectués les choix ?

L’art contemporain international a donné 2 ou 3 générations de créateurs venant des différents pays islamiques : d’Afrique du Nord ; de Turquie ; d’Irak ; d ’Égypte ; d’Inde ; du Pakistan... Ils ont des goûts et des modes de production internationaux, comme la vidéo, l’installation.

En même temps, les œuvres que nous avons retenues, qui appartiennent pour beaucoup à des FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain) résonnent par la culture et l’héritage de chacun. Les œuvres de ces artistes issus du monde islamique révèlent leur regard sur le monde contemporain tout comme les artistes du XIIe siècle pouvaient le faire sur leur société à l’époque. La moitié des 19 artistes choisis, à peu près, sont des femmes. Les amateurs d’art contemporain reconnaîtront parmi eux des personnalités connues, comme Hassan Shérif mais il y a aussi de jeunes artistes, tels qu’Halida Boughriet avec une vidéo qui s’appelle Transit. Elle y évoque un thème contemporain de la migration et de ses drames. L’artiste utilise la métaphore des vols d’oiseaux et son œuvre sera présentée dans la même salle que la Clé de la Kaaba à Saint-Denis. Le rapprochement peut paraître un peu étrange à première vue mais l’œuvre peut faire écho au pèlerinage à la Mecque, considéré dans les livres saints de l’Islam comme le vol d’un oiseau vers sa destination. À Blois, sera présentée une vidéo de l’artiste franco- algérienne Katia Kameli qui s’intitule Roman algérien. C’est une vision de la ville d’Alger avec en arrière-plan son patrimoine colonial, un passé dans la ville d’aujourd’hui.

L’entretien complet figure dans le dossier pédagogique. 

Publié le Tuesday 21 September 2021

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